Histoire du club

ILLE XIII

  • Ille sur Tet, le creuset du rugby a XIII 

Entre Ille-sur-Tet et le rugby à XI I I, c'est une longue histoire. L'histoire tout court, avec ce lien filial au père spirituel, Jean Galia, né au 38, avenue Pasteur à Ille sur Tet, le 20 mars 1905.
Ville de labeur, sur les berges de la Tet, où la terre nourricière
a toujours porté les plus beaux fruits du Roussillon. Le rugby à XIII s'y est enraciné en 1945, à l'initiative d'Henri Rous, que l'on retrouvera plus tard à la présidence du Comité du Roussillon, et de Marcel Raynal. "Il y ont travaillé jour et nuit", confirme Marie-Louise Rous, l'épouse du président fondateur. Ille Xlll était né dans cet élan libérateur qui redonnait aux treizistes le droit de pratiquer leur rugby. Et malgré deux tentatives, le rugby à XV que pratiquait avant guerre l'U.S. Illoise ne retrouvera jamais droit de cité. L'anticonformisme illois n'est pas une légende.
La métairie de la route de Corbère, fief de la famille Rous,
devenait de facto le P.C. opérationnel d'Ille XIII. "Il avait installé des douches dans le magasin d'expédition que nous tenions alors et je lavais les tenues des joueurs. Les déplacements se faisaient en camion, à l'arrière duquel nous installions des planches".
Maurice Margail endossa le maillot d'Ille XIII dès son retour
d'Allemagne, où il passa deux années en captivité. "Les déplacements étaient lointains : Tonneins, Apt, Vedène... Nous partions souvent le samedi et nous revenions le lundi. A ce moment là, Henri Rous m'employait à tailler des arbres".
Maurice Margail formait avec Laurent Xatard, Emile Rougé,
Constant, une excellente ligne de trois quarts. Une équipe où déjà, Sylvain Ménichelli rayonnait de talent, comme il le fera plus tard sous les couleurs de l'USAP puis du Celtic de Paris.
Les années cinquante annonçaient l'embellie d'Ille XIII et l'éclosion de joueurs de talent
: Roger Majoral qui sera international, Jacques Asparo, Vinçent Mestres et Fernand Llaury qui seront champions de France 1955 avec I'USAP, mais aussi avec Ille XIII (1960).

  •  Les treize premiers habillés jouaient

Ille XIII décrochait un titre de champion du Roussillon en 1955, face à Caramany, sur le stade de la distillerie à Millas. Maurice Thibaut, qui portera plus tard les couleurs du LOU garde un souvenir ému de cette époque : "Nous étions morts de faim. Tout le monde voulait jouer. Je revois très bien un dirigeant, Marcel Roig, le sac qu'il portait sur le dos et qui contenait chaussures et maillots. Il le vidait au milieu du vestiaire et nous nous arrachions comme des voleurs les mail lots, car les treize premiers habillés jouaient. Un jour je me suis retrouvé avec une chaussure en 45 et une autre en 43, mais je n'ai rien dit, malgré la douleur que cela occasionnait, carie n'ai pas voulu être remplacé."
Maurice et son frère Jacques, qui portera plus tard les coul
eurs de l'USAP et du Galia Club Perpignanais, se souviennent avec nostalgie des troisièmes mi-temps : "Après le match nous nous retrouvions au Café Soubra. Chaque joueur avait un bon pour une consommation. Le patron offrait une bouteille d'Aglya, puis nous filions à la salle des fêtes où se produisaient les meilleurs orchestres : Aimé Barelli, Fred Edisson, Philippe Brun...".
A l'orée des années
6o, le blé qui lève est un blé de printemps, plein d'allant et cette génération ne se refuse rien, deux titre nationaux, trois finales en quatre ans.
Claude Payré, demi de mêlée malin fut un des artisans de
ces succès : "Je me souviens des départs en bus. Un bus toujours bien garni où régnait une ambiance joyeuse ; le café du père Soubra; l'angoisse des dirigeants, car il manquait toujours quelqu'un. Des dirigeants comme on n'en fait plus. Il m'a fallu longtemps pour comprendre et admirer ces dirigeants qui nous ont permis de vivre une formidable jeunesse. Ille nous appartenait, la salle des fêtes nous était grande ouverte..."

  •  Un destin national s'ouvre aux Illois

 Cette impression de puissance se traduisait sur la pelouse. La finale du championnat du Roussillon, oppose en 1960 à Elne, dans un stade comble, Ille XIII au Soler. Le titre bascule en fin de rencontre dans le camp Illois. Le score est de 8-5 en faveur du Soler, lorsque sur un ballon perdu en mêlée par les équipiers de Noël Amoros, Vincent Mestres s'échappe derrière sa mêlée et sert l'ailier Fernand Dazit qui file à l'essai. L'arrière Gérard Cribeillet transforme l'essai, sous l'oeil inquisiteur de son père et la bande à Francis Aliés est championne du Roussillon.
Un titre prémonitoire, car Ille XIII se retrouvait en finale du
championnat de France Honneur, à Nîmes, face à une redoutable formation de l'ASPTT de Marseille. Des Marseillais favoris, avec un paquet d'avants impressionnant, une première-ligne : Cruciani-Appélian-Rinaldi qui faisait, ce n'est pas une galéjade, trois fois celle des Illois. Sans aucun complexe, les Catalans bousculent les Marseillais pour mener 10-3. Avant d'affronter un final à suspense : "A cinq minutes de la fin nous menions 10-3. Ils nous plantent un essai litigieux en rampant et reviennent à 10-8", souligne le talonneur Georges Maynaud. La suite est écrite dans le livre d'or : Ille XIII accroche son premier titre national.
Au cours de la saison
1961-62 une nouvelle aventure se dessine. Ille XIII est opposé à Pia en finale du championnat du Roussillon et s'impose 11 à 7.
En Coupe de France, les Illois sortent les "nationaux" de
Villefranche-de-Rouergue (14-12) à Castelnaudary. Le chroniqueur audois fut élogieux : "Cette partie a été une des meilleures de Jeu à XlII, disputée sur le stade municipal de Castelnaudary. Les deux équipes ont pratiqué un jeu correct et collectif, et emballé le public". Il cita trois joueurs : le capitaine Robert Maureil, le 2e ligne Léopold Pujol, qui fera en 64­-65 le légendaire doublé avec le S.A. Villeneuve XIII de Jep Lacoste et le pilier Joseph Alvarado. Ce joueur s'illustra encore au cours d'un Marseille -XIII Catalan où, à l'invitation de Roger Majoral et de l'équipe à Jean Dop venue à 12 joueurs, il endossa le maillot phocéen et fut cité homme du match dans le camp marseillais. Il refusa d'ailleurs une offre franche des Marseillais. Son coeur était illois.
Après avoir sorti les Parisiens de Thiais Sarcelle entraînés
par l'Illois Sylvain Ménichelli (14-7), avec quatre essais de Dazit, Alvarado (2) et Llaury, les Maraîchers sont opposés à Carpentras, en finale du championnat de France promotion, sur la pelouse du stade de Rieux-Minervois. Les Provençaux du 3e ligne Rouqueirol opposent une vive résistance aux Catalans. Mais c'est Claude Payré qui trouve la solution, en subtilisant un ballon derrière la mêlée provençale, pour l'essai de la victoire (3-0).
Le triplé est à portée de ballon la saison suivante (62-63). Une nouvelle finale nationale en 2e division cette fois, s'offre
aux Illois. Le match a lieu le 5 mai 1963 au stade Albert­ Domec de Carcassonne, baigné d'un chaud soleil, dans une ambiance volcanique. L'adversaire est énorme : Le Pontet. Après avoir mené 5-0 à la mi-temps, les hommes du capiitaine Joseph Alvarado perdent leur buteur et pièce maîtresse, Ferrère. Le Pontet revient au score (5-5) et obtient les prolongations qui seront fatales aux Illois (5-10).
Ille XIII connaîtra par la suite des jours moins heureux. Les
juniors seront champions de France 1966-1967, face à Carcassonne, avec un certain René Terrats, qui fera son chemin dans les rangs de l'A.S. Sainte-Estève.
Plus de 3000 spectateurs au stade Gilbert-Brutus, une recette de 80 330 F, pour une finale du championnat de
France promotion, est un fait d'armes. Ille et Claira ont réussi cet exploit en juin 1980. Ils ont aussi été les maîtres du suspense (21-20), un essai de Laurent Serres donnant le titre aux Salanquais dans les arrêts de jeu. Cette équipe entraînée par Jo Bonnet et Marcel Massé avait pourtant réussi un parcours exemplaire en sortant Lescure (33-23), le Coteau (59-o) et une grosse équipe de Villegaillenc en demi-finale à Limoux. Cette finale marquée par un effondrement des Illois en seconde mi-temps, alors qu'ils menaient 16-4, reste un très mauvais souvenir. Mais elle fut prenante comme l'écrivait Henri Junca dans "Treize Magazine" : "Dans une rencontre où les temps morts furent pratiquement inexistants, Illois et Clairanencs nous ont offert un spectacle de qualité où l'offensive fut reine."

  •  Ille XIII tutoie les sommets

Une incroyable décennie s'esquissait à l'entame des années 9o pour le club "bleu et blanc". A la base, une équipe de juniors fédéraux championne de France à Lézignan, face à Carcassonne (16-6). Le 30 mai 1992, l'Indépendant titrait "Ils sont entrés dans la légende". Et ils allaient y rester.
En effet, l'année suivante, les jeunes illois de Jean-Paul
Margalet et Jean-François Bonnet doublent la mise, en sortant Saint-Pierre de Trévizy en huitième de finale (54-14), Corbeil-Essonnes et ses Anglais Ellis, Brook, Spencer et Dremel, en quart de finale au cours d'un match épique sur le pelouse provençale d'Apt (22-10). Toulouges tombe en demi-finale (3o-5) et les Illois devenaient champions de France promotion (92-93), à Saint-Laurent-de-la-Salanque en battant Caudiés-de-Fenouillèdes (21-8) devant 2200 spectateurs.
L'Australien Klaus Perkovic arrivait dans la cité maraîchère
au début de la saison 1995-96, l'ancien joueur de South Sydney boucle sa carrière, après des jours heureux passés à Limoux, Pia et au XIII catalan. Il apporte toute son expérience aux Maraîchers qui se retrouvent en finale du championnat de France promotion face aux Tarnais de Lescure, drivés par Dominique Baloup. Malgré la partie rayonnante de Francis Gomez, les Catalans s'inclinent d'un rien 17-16.
"Nous avions les jambes pour renverser la situation, car nous sentions que Lescure était usé. Ils étaient d'ailleurs très marqués à l'issue de la rencontre" se souvient le pilier Stéphane Gomez.

  •  Une mêlée titanesque

 C'est une finale du championnat de France promotion 100 % catalane qui opposait, le 7 juin 1998 au Barcarès, Ille et Salses, sous les yeux de près de 2000 spectateurs. Deux équipes qui se respectent et se craignent. Le fait du match sera cette mêlée poussée par les Illois, où les Salséens se retrouvent dans leur en-but. Certaines mauvaises langues disent qu'ils auraient même franchi le portail. "C'est à ce moment-là que nous gagnons le match, après cette mêlée, les contacts ne seront plus les mêmes", souligne Stéphane Gomez. Et les hommes de Klaus Perkovic s'imposent (26-12), à l'issue d'un match âpre où les joueurs d'Alain Serres n'ont jamais rendu les armes. L'accueil à Ille fut fantastique, un évènement dionysiaque sur le Foirail qui se termina à la pointe du jour. Les platanes s'en souviennent encore.
Les Illois atteignaient une dixième finale nationale au cours de la saison 1998-99. Ils sont montés cette année-là en Nationale 3 et sortent en demi-finale une étonnante équipe de Foix (28-14). La finale a lieu le 6 juin 1999 à Lézignan face à une ambitieuse formation de Montpellier. 1500 spectateurs ont pris place dans le vénérable stade du Moulin, où les Illois émoussés vont passer à la trappe (30-15), malgré l'exem-plaire Bernard Llong, face à des Héraultais imprenables ce jour-là comme le raconte Stéphane Gomez : "Nous n'avons jamais pu résoudre les problèmes posés par cette équipe et notamment celui des frères Cabas."
Dans cette décennie où tout coulait comme une source de
printemps, chaque saison amenait son lot de joies dans la cité maraîchère. Ille XI II accédait au cours de la saison 1999-2000 au groupe B et les faits d'armes vont se succéder. Les Illois atteignent les huitièmes de finale de la Coupe de France Lord Derby et reçoivent Lézignan au stade Jean-Galia. 2500 spectateurs ont pris place dans l'arène. Toute la vallée de la Tet est venue rêver aux exploits des "bleu et blanc", du jamais vu à Ille-sur-Tet. Les jeunes Illois de Bernard Llong vont sortir un grand match. A la mi-temps les Meuniers sont dans le doute. Les Illois mènent 8-6, mais les hommes du capitaine international Thierry Valéro, sont obligés de se rebiffer et envoient les Grandjean, Piva, Kirkland, Ferrères pilonner l'héroïque défense illoise, qui cède en fin de match (34-14).
Cette même année, les Maraîchers flirtent avec une autre
coupe, la coupe de France Fédérale Albert Falcou. Ils sont opposés en finale à Sainte-Livrade, le 11 juin 2000 au stade Albert-Domec de Carcassonne. Sous une pluie persistante et une pelouse noyée d'eau, les Maraîchers s'inclineront (8-4).
Sur leur lancée, l'année suivante, les Illois se retrouvaient en finale du championnat de France de nationale
2 au stade Jean-Laffon face aux Audois d'Homps. Après avoir mené 5-0 à la mi-temps, ils s'inclinent dans la grisaille ambiante 12-5, sans avoir donné le coup de reins nécessaire pour décrocher le titre.
Alors blasés les Illois ?
Pas encore et ils en redemandent. Ils se retrouvaient une nouvelle fois en finale du championnat de France de nationale 2 au cours de la saison 2001-2002. Le match a lieu au stade de l'Aiguille à Limoux face au Cabardés. Les Illois dirigés par Paquito Cordoba imposent un gros défi physique aux Audois, mais encore 4 essais contre trois pénalités. 20-6, les catalans devenaient champions de France pour la 7e fois dans l'histoire du club. "Je suis heureux de tout ce bonheur, nous confiait José Colchéro. J'ai tellement d'émotion pour Bernard Llong, pour tous les amis. Je savais à la mi-temps que nous ne devions pas perdre cette finale. C'est historique."
Mais l'histoire se répète en
2006. Les Illois qui sortent d'un hiver souffreteux vont avoir une réaction d'orgueil, autour de Patrice et Mathieu Calmon, la troisième génération au sein du club après Sébastien et Jacques. Ils finissent la saison en trombe, avec une incroyable série de cinq victoires qui les relance dans la course au titre. La finale au Barcarès oppose les Illois à Caunes-Minervois. Un match âpre, heurté où ils gardent toujours la clef de la rencontre et s'imposent (26-16).
Dans cette équipe championne de France promotion, trois
joueurs ont été de toutes les campagnes depuis dix ans Gérald Fabrégas, Stéphane Verne et Patrice Mas. Ils ont traversé cette flamboyante décennie. Ils symbolisent cette incroyable aventure humaine qu'est l'histoire d'Ille XIII depuis 1945.

 




© Copyright 2010 - 2012
Bibliographie : Hervé Girette & Olivier Alvarado
"Une histoire du Rugby à XIII en Roussillon"
Conception Jacques Brest




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Date de dernière mise à jour : 11/10/2011